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Les enfants de la filière Beaufort

Savoie

Les enfants de la filière Beaufort

Leurs parents sont producteurs de Beaufort, et si certains ont ça dans le sang et rêvent de reprendre un jour l’exploitation, si d’autres envisagent un avenir différent, tous sont heureux d’appartenir à la grande famille du Beaufort. Ils savent combien le métier de leurs parents est difficile mais riche en émotions. Ils goûtent la chance qu’ils ont de grandir dans des paysages magnifiques, préservés, de parcourir, l’été, les alpages en toute liberté et de dévaler les pistes de ski, l’hiver.

Tous ont le goût de la nature et sont attachés aux vaches de leur troupeau qu’ils côtoient depuis leur plus jeune âge. L’été, quand leurs parents participent aux “Instants Beaufort”, des animations d’exception organisées par le Syndicat de Défense du Beaufort pour faire mieux connaître le Beaufort aux touristes et aux locaux, ils sont les premiers à donner un coup de main tant ils sont fiers.

Partons à la découverte de ces jeunes, attachants, à la personnalité affirmée, venus des trois vallées de production du Beaufort (le Beaufortain, la Tarentaise et la Maurienne), qui racontent avec lucidité leur quotidien et leur vision du métier.

 

Mathis, 6 ans ½

Gaec de la Roche Parstire, à Arêches Beaufort (vallée du Beaufortain), Alpage des Grands Plans, Col du Pré, vallée de Roselend

La production de Beaufort est une affaire de famille chez les Vibert et la montagne une vocation. Thomas, le père de Mathis, est associé depuis 10 ans avec son frère et ses parents sur une exploitation qui appartenait à son grand-père. Le troupeau se compose de 60 vaches laitières, dont 2/3 de tarines et 1/3 d’abondances. L’hiver, le père de Mathis et son oncle sont moniteurs de ski.

Certes Mathis n’est pas fan de fromage mais il adore participer à l’exploitation : donner à manger aux vaches et aider à la traite. “C’est un mini moi“, dit Thomas, un rien poète quand il évoque l’estive. “Le soleil qui se lève sur une nature splendide, les cloches des vaches comme seule musique, la vie de famille sur 3 générations. Même si parfois c’est dur, on ne se souvient que des bons moments. Là-haut, c’est l’école de la vie, on est seuls au monde, il faut faire venir l’eau et l’économiser, installer des panneaux solaires pour avoir de l’électricité, vivre au rythme de la nature. De vraies valeurs qui, j’espère, seront un socle, des repères, pour Mathis plus tard, quoi qu’il fasse“.

Mathis apprécie sa chance de vivre cette expérience unique de la vie en alpage. “Je suis libre, j’ai tout l’espace pour moi, il n’y a pas le bruit des voitures, je joue avec mes cousins. J’aide mon père et je passe beaucoup de temps avec mes deux vaches préférées : Lolita, une tarine et Lisette, une abondance“. Mathis est encore un peu jeune pour faire des plans d’avenir mais une chose est sûre, il ne se voit pas vivre ailleurs. “Mon père fait un beau métier. Je ne sais pas encore si je veux être producteur de Beaufort plus tard mais j’aimerais bien avoir cette vie dans la montagne. La ferme et l’estive, ça me plaît, et le ski, l’hiver, aussi“.

 

Eden, 10 ans

Gaec des Glières, Beaufort-sur-Doron (vallée du Beaufortain), Alpage des Chavonnes, Cormet de Roselend

Eden est née dans une famille d’agriculteurs. Ses grands-parents avaient des vaches et sa mère, Nathalie, était vachère de remplacement quand elle a rencontré son mari Yvon. En 2007, Nathalie remplace la maman d’Yvon dans le Gaec qu’ils ont créé en 1991. Leur troupeau de 75 tarines comprend 42 vaches laitières.

Le père d’Eden est occupé à 100% sur l’exploitation tandis que sa mère navigue entre la bmaison, la fenaison et les alpages tout en élevant les 3 enfants et en assurant le poste de régulatrice des Secours aux Saisies en hiver. Eden sait combien ce métier est prenant, on n’y compte pas ses heures, et ne sait pas encore si la passion sera suffisamment forte pour en accepter toutes les contraintes. Elle reconnaît que son “terrain de jeu, l’été, au chalet, est unique”. Elle est heureuse d’y inviter ses copines et de profiter, avec elles, d’une grande liberté. Très sportive, elle aime marcher avec sa grand-mère, observer les marmottes, les bouquetins ou les chamois et chouchouter sa vache favorite, Boulogne, la plus vieille du troupeau.

Traire les vaches avec son père et livrer le lait à la Coop de Beaufort avec sa grande sœur Mélanie l’enchantent. Elle sait que le Beaufort est le “fruit de beaucoup d’efforts” et l’apprécie surtout en fondue. L’été, pendant “Les Instants Beaufort”, elle est ravie d’aider à la mise en place des animations sur l’alpage. L’hiver, elle partage sa vie entre l’école, le ski et la gymnastique, son autre passion. Dans la fratrie, l’amour des animaux est héréditaire. Mélanie, 16 ans, a le projet d’agrandir la ferme avec un élevage caprin. Quant à Zyan, 5 ans, s’il aime aider ses parents, il verra plus tard s’il veut se consacrer à la production de Beaufort.

 

Faustine, 6 ans

Gaec Bidon d’lait, Hauteluce (vallée du Beaufortain), Alpage Sous les Aiguilles Croches, Col du Joly

Ses parents reconnaissent que leur métier est avant tout une passion. Renaud reprend l’exploitation familiale en 2013 et, en décembre 2015, il crée le Gaec avec sa compagne Sandrine qui est aussi monitrice de ski, l’hiver. Leurs 40 vaches abondances leur fournissent un lait qu’ils distribuent à la Coop de Beaufort.

Cette année, pour la première fois, Faustine et sa petite sœur Candice passent l’été en alpage. Leurs parents ont reconstruit petit à petit le chalet en ruine et ont, ces dernières années, multiplié les heures de voiture entre la vallée et l’alpage. Faustine a développé la faculté d’émerveillement de ses parents. Sa mère ne se lasse pas du paysage avec sa vue exceptionnelle sur Hauteluce, qui change selon la saison, la lumière et la météo. “Le bureau est difficile mais reste très beau et cela compense la fatigue“.

Plus tard, je veux être inséminatrice de vache“. Si elle trouve que ses parents font un beau métier, l’intérêt principal de Faustine reste les animaux : elle aide volontiers à la traite et reconnaît toutes les vaches, même de dos, à leurs mamelles. Son coup de cœur ? Le petit dernier, Riquiqui, un veau qu’elle prend plaisir à “materner”.

 

Marius, 8 ans

Gaec Le Framboisier, Tessens (vallée de la Tarentaise), Groupement Pastoral de Tessens

Au Framboisier, on vit en famille. Sonia est en Gaec avec son frère Damien depuis 2009. Ils ont grandi tous les deux dans l’exploitation au côté de leurs grands-parents puis de leurs parents. Ils possèdent 32 vaches tarines et livrent leur lait à la Coop d’Aime.

Damien se consacre à 100% à l’exploitation et au ramassage du lait pour la Coop et Sonia travaille parfois au magasin. Si Damien est très investi au sein de la Coop et de la filière Beaufort, il est aussi président du Groupement Pastoral de Tessens. Pas sûr que la lignée de producteurs de Beaufort se poursuivre avec Marius !

Conscient de la pression et des contraintes, il ne se voit pas faire ce métier plus tard car “c’est difficile de partir en vacances”. Dans le milieu agricole, il partage volontiers son vécu. Aux Comices Agricoles au Printemps, par exemple, il est très heureux de présenter les petits veaux. Mais à l’école, c’est plus difficile, il doit faire face aux à priori, c’est “un complexe, je me sens parfois en décalage“. L’été, lui et sa petite sœur Mélodie restent à la ferme. Pour assurer l’autonomie fourragère, toute la saison est consacrée au foin tant le relief est pentu et les parcelles morcelées et éloignées.

Quand Sonia monte en alpage pour aller voir le troupeau, ses enfants l’accompagnent pour le plaisir de s’ébattre en toute liberté. À la ferme, Marius est aux anges car il est près de l’étable et des animaux qu’il adore, et qu’il peut s’adonner à son loisir favori : construire des cabanes.

 

Lucilien, 12 ans

Gaec du Crêt Coquet, Aigueblanche (vallée de la Tarentaise), Groupement Pastoral de Naves

C’est par un besoin pressant de changer de vie que les parents de Lucilien, Alexandrine et Cyril, sont devenus producteurs de Beaufort. Ardennais tous les deux, ils ont décidé de changer de cadre, de redonner du sens à leur existence et de se reconnecter à la nature. Leur recherche d’une exploitation a été un vrai projet de vie qui a abouti il y a 2 ans quand ils ont intégré le Gaec du Crêt Coquet pour prendre la succession de l’ancien président de la Coop de Moûtiers et sa femme qui l’avaient créé. Leur troupeau comprend 60 tarines. Leur point de livraison du lait est la Coop de Moûtiers.

Alexandrine éprouve un immense plaisir à vivre au côté de ses vaches. “Nous nous sommes mutuellement apprivoisées”. Si elle ne s’installe pas en estive, elle y monte pour les contrôles laitiers ou juste pour le plaisir. “Ma plus grande satisfaction, c’est d’observer le comportement de mes vaches, heureuses de quitter l’étable et de retrouver les alpages verdoyants, d’entendre le tintement des carrons, de jouir de la nature, de faire de grandes marches et de prendre du temps en famille“.

Lucilien apprécie aussi ces moments uniques partagés avec sa grande sœur Léonice et son petit frère Marius. Malgré sa fierté d’appartenir à la grande famille du Beaufort, il est “mal à l’aise à l’école ou avec ses copains quand on évoque le métier de ses parents, souvent mal considéré“. Il ne se voit pas faire ce métier plus tard et aide quand on lui demande de nourrir les vaches par exemple. Ce qu’il préfère, c’est choisir le prénom des veaux, toujours en lien avec celui de leur mère. Audacieux et créatif, il n’hésite pas à les baptiser “Opétillante, Pepsi, Redbull, etc.” quand le thème est la boisson.

Marius, lui, reprendra peut-être un jour l’exploitation. D’abord parce qu’il adore le Beaufort, surtout en mouillettes avec des œufs à la coque. Et aussi parce qu’”il aime participer à la traite des vaches et les nourrir”. Son dernier souvenir marquant : “une vache qui vêlait, c’était très beau”. Quant à Léonice, en fac de langues, elle partage de vrais moments de complicité avec sa mère le week-end quand elle vient aider à la traite, à la fenaison ou au vêlage.

 

Chloé, 8 ans

Gaec de la Grolle, Montaimont (vallée de la Maurienne), Alpage des Reys

Le père de Chloé, Frédéric, est tombé amoureux de la montagne quand, originaire de Lyon, il partait tous les étés en vacances dans la région. Il réalise son rêve en rejoignant, comme associé, le Gaec de la Grolle. Son troupeau compte 60 vaches, surtout des abondances.

Chaque année, il ressent la même excitation lors de la montée en alpage. “Ma première nuit au chalet reste un moment magique où je prends le temps de savourer la nature, d’admirer le coucher du soleil et d’observer la montagne, si chère à mon cœur, jamais tout à fait la même“.

À ce jour, Chloé ne semble pas vouloir devenir productrice de Beaufort. En revanche, elle aime le déguster en famille et avoue craquer pour la fondue. Elle ne raterait pour rien au monde son échappée en estive pour la liberté que cela lui procure. Elle raconte volontiers à ses camarades le quotidien de son père qu’elle admire et qui lui a donné le goût des grands espaces. Son objectif à elle, c’est de devenir monitrice d’escalade. La petite sœur de Chloé, Éline semble, à 4 ans, plus motivée pour le métier. Son père serait enchanté de la voir marcher dans ses traces mais, si son intérêt se confirme, il lui souhaite “de ne pas s’enfermer dans une routine et de veiller à s’octroyer des moments de loisirs“.

Pour tous les jeunes qui s’orienteront dans cette voie, Frédéric espère que “le décalage sociétal d’aujourd’hui s’amoindrira et que les agriculteurs pourront vivre plus en harmonie avec le reste de la population“.

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