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L’aumône du Pain de mai

C’était en mai 1174

L’aumône du Pain de mai

L’aumône du Pain de Mai, dont une rue de Moûtiers rappelle encore aujourd’hui le souvenir, est une des plus touchantes institutions charitables du moyen âge. Elle consiste en une distribution de soupe à tout venant pendant les 28 premiers jours du mois de mai, époque de l’année où les réserves de blé sont souvent épuisées.

Une tradition instituée par saint Pierre II

Ancienne carte de Moûtiers
Ancienne carte de Moûtiers

L’aumône du Pain de Mai a été instituée par saint Pierre II. Cet évêque de Tarentaise est né à St-Maurice-l’Exil, près de Vienne en Dauphiné.

Moine cistercien à Bonnevaux, il faisait partie de la petite troupe qui fonda le monastère de Tamié, dont il devint le premier abbé.

En 1141, il était élu archevêque de Tarentaise. A Moûtiers, son palais était appelé la maison des pauvres. Quand l’évêque parcourait le diocèse, il emportait des morceaux de pain et de fromage qu’il donnait aux pauvres.

Invité un jour chez une bonne dame, il cacha dans son sac, pour les pauvres, le pain que l’on mettait sur la table. Un autre jour, montant au col du Petit-St-Bernard, il rencontrait une femme transie de froid. Ne gardant que sa coule de moine, il quitta sa tunique et en revêtit la pauvresse. Enfin, Pierre II fonda l’institution qui immortalisa son souvenir.

Le pain de mai
Triptyque en terre cuite et peinte, œuvre d'un moine de Tamié. Panneau de droite : "Pain de mai" St Pierre, devenu archevêque de Tarentaise, au moment de la difficile soudure entre la récolte passée et la nouvelle, prenait sur ses deniers pour faire distribuer du pain aux nécessiteux pendant les 28 premiers jours du mois de mai. Abbaye de Tamié © 123 Savoie

Ce que dit la tradition...

D’après la tradition, une châtelaine de Melphes, près de Salins, appelée la Dame Blanche, aperçut un jour, en période de disette, des malheureux qui en étaient réduits à manger l’herbe des prés. Elle eut alors recours à l’archevêque dont elle connaissait la charité et, pour l’aider, lui offrit une partie de sa fortune. C’est ainsi que se mit en place la fameuse aumône du Pain de Mai.

La coutume consistait en une distribution de soupe à tout venant, faite à la porte de l’évêché et aux frais de la mense épiscopale, c’est-a-dire des revenus de l’évêque ; pendant les 28 premiers jours du mois de mai, époque de l’année où les réserves de blé étaient souvent épuisées. Des charrois amenaient les dons de tout le diocèse et l’on arrivait à ravitailler chaque année plusieurs milliers de personnes. Dieu montrait combien il tenait pour agréable cette oeuvre de charité du saint évêque.

Un jour de mauvais temps, les charrois ne purent arriver à l’évêché alors que les pauvres étaient en grand nombre. Ayant trouvé juste assez de légumes pour remplir une grande marmite, on fit entrer seulement le nombre de pauvres qu’on pouvait nourrir. Après qu’ils eurent mangé, la marmite n’était pas vide. On fit alors entrer d’autres pauvres car les provisions n’étaient toujours pas épuisées. On recommença plusieurs fois le manège, jusqu’à ce que les provisions et la foule des pauvres touchèrent à leur fin tous ensemble. Ce miracle est relaté par Geoffroy d’Hautecombe, qui rédigea en 1183 une “Vie de Pierre II de Tarentaise”, à la demande du pape Lucius III. L’auteur précise que, si quelqu’un refuse de croire au fait, il ne peut pas nier que tout le monde y ait cru.

Cette activité charitable se perpétua jusqu’à la Révolution. Aujourd’hui, le nom d’une rue ainsi qu’une belle peinture de la cathédrale de Moûtiers nous rappellent cette institution du Pain de Mai.

Pour en savoir plus :
Prieur J.- Vulliez H., Saints et saintes de Savoie, Le Vieil Annecy-La Fontaine de Siloë, 1999. Geneletti P., Jacques Guille. Un peintre mauriennais, éd.Derrier,1999.

Disputes autour des reliques de saint Pierre II

Envoyé en mission auprès des moines de Bellevaux (Haute-Saône), Pierre II y mourut en 1174. Malgré les réclamations du clergé de Tarentaise et des moines de Tamié, l’abbaye de Bellevaux refusa de se dessaisir des reliques de saint Pierre de Tarentaise.

En 1790, quand les religieux de Bellevaux furent chassés par la Révolution, les habitants de Cirey, paroisse voisine, recueillirent les restes du saint prélat. L’église de Cirey-les-Bellevaux devint aussitôt le but d’un pèlerinage très fréquenté.

Transportées à Vesoul par l’administrateur du district, les reliques furent ensuite portées en l’église une fois la tourmente révolutionnaire passée. Les pèlerinages recommencèrent à Vesoul, comme par le passé à Bellevaux et à Cirey.

Les moines de Bellevaux ayant repris possession de l’abbaye obtinrent en 1819, de l’archevêque de Besançon, une partie des reliques, notamment la jambe gauche qu’ils emportèrent avec eux, en 1830, lorsqu’ils durent s’exiler en Suisse.

En 1862, quand les moines établis à la Grâce-Dieu (Franche-Comté) rachetèrent le monastère de Tamié, l’antique abbaye savoyarde reçut la précieuse relique de saint Pierre, son premier abbé. La translation fut célébrée solennellement à Tamié, le 10 mai 1872, le jour même de la fête du saint, au milieu d’un grand concours de peuple.

Saint Pierre II de Tarentaise

Article rédigé en collaboration avec Jean Prieur – Mise en ligne : Sergio Palumbo – Mai 2004

Pour en savoir plus...

Notre-Dame de Tamié

Abbaye de Tamié

“Ils seront vraiment moines s’ils vivent du travail de leurs mains”. Ils devinrent donc bûcherons, meuniers, vignerons, agriculteurs, éleveurs de vaches et de chèvres…

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